Publié le 14/05/2024
Enzo Nouchi est médiateur de santé pair au Service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH) à Cenon. Diagnostiqué bipolaire, il s’appuie sur son expérience pour aider Karine Larrue sur la voie du rétablissement. Un dialogue lumineux s’est noué entre eux.
Si Enzo Nouchi a 30 ans aujourd’hui, il n’a été diagnostiqué bipolaire que tardivement, il y a seulement trois ans. Originaire d’Angoulême, le jeune homme a poursuivi des études de droit tout en remarquant des bouffées délirantes aiguës, passant d’une joie forte à une lourde dépression et des délires sans trouver une réelle explication à cet état mixte permanent.
C’est l’usage de la drogue qui a été révélatrice des symptômes qui m’affectaient même si on a d’abord cru à un état de schizophrénie. Ma famille était très inquiète. J’ai été hospitalisé une première fois en 2015 sans mon consentement pendant un mois et demi. J’ai décidé ensuite de reprendre mes études à Bordeaux pour être plus proche de mes parents.
Enzo évoque son parcours avec lucidité. Il ne nie pas l’échec qui a suivi cette période, deux ans où il devra faire des allers-retours à l’hôpital psychiatrique. Passés le déni, le rejet des troubles psychiques, il décide de prendre une année sabbatique en 2017. De lui-même, il rejoint le centre médico-psychologique d’Angoulême. Sa rencontre avec une infirmière est cruciale car elle l’aide beaucoup et lui parle d’une formation pair au pair niveau licence.
L’intérêt de cette formation en alternance qui a duré un an et demi m’a permis de m’appuyer sur mon propre vécu. C’était à Bobigny Sorbonne Paris Nord. En même temps j’étais serveur et mon patron était très compréhensif, m’aidant à assumer mon travail malgré mes difficultés. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai pu travailler dans deux hôpitaux de jour et vraiment aider les autres.
Riche expérience qui permet à Enzo de rejoindre Bordeaux avec sa compagne. Là il obtient un CDI au sein au Service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH) avec une disponibilité auprès du Service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) à Cenon, structures portées par l’association EDEA (Ensemble développons l’accompagnement). Ces services concourent à l’inclusion des personnes vivant avec des troubles psychiques parfois associés à des difficultés somatiques. Enzo, lui, accompagne dix bénéficiaires du SAMSAH.
« Une fois diagnostiqué, on apprend à cohabiter avec des troubles de sorte qu’ils ne soient plus un handicap » souligne Enzo, ravi d’exercer son métier de médiateur de santé pair. « C’est un métier positif qui va évoluer et se faire connaître dans l’avenir » ajoute-t-il.
C’est dans ce cadre qu’il fait connaissance avec Karine Larrue, 49 ans et Bordelaise. Auxiliaire de vie puis cheffe d’entreprise individuelle, cette mère de 3 filles dont Chloé 22 ans, qui vit avec elle, a mis beaucoup de temps à mesurer ce qui l’amenait à un profond état dépressif.
J’ai été diagnostiquée bipolaire avec chutes, il y a seulement deux ans, c’est-à-dire un état caractérisé par une tristesse bien en-dessous de la moyenne.
Pour autant, Karine percevait depuis l’adolescence un certain nombre de troubles. C’est après un épisode traumatisant que son état a enfin pris un nom.
J’ai été partagée entre le soulagement d’avoir enfin une explication et le déni d’avoir un handicap.
Hospitalisée par choix sept mois à Lesparre-Médoc, Karine est ensuite prise en charge par le dispositif d’accueil multi-public pendant un an à Bordeaux avant d’obtenir un dossier d’accompagnement SAVS et un logement à Floirac. L’entourent Sébastien Dumas, ergothérapeute et Isabelle Diciacca, éducatrice. C’est elle qui va lui permettre de rencontrer Enzo.
Je suis heureuse de voir régulièrement quelqu’un qui comprend vraiment mon ressenti et mes émotions.
Lors de leurs rencontres fréquentes, Enzo et Karine parlent beaucoup et grâce à lui, elle comprend mieux comment fonctionne le cerveau, les symptômes et la manière dont ses émotions sont affectées.
Ça m’a donné confiance en moi et même si je rechute parfois, je sais que je finirai par remonter.
Si Karine envisage de reprendre une activité, elle pourrait bien suivre l’exemple d’Enzo et, pourquoi pas, à son tour, aider les autres. Il lui faudra apprendre à gérer ses émotions car le métier de médiateur de santé nécessite d’avoir un recul et de savoir se protéger des émotions d’autrui. Enzo est ravi de ce parcours commun.
Une fois rétabli, l’espoir d’avoir une vie classique devient beaucoup plus simple. Il faut apprendre à se retrouver et avoir le pouvoir d’agir sur sa vie.
EDÉA
Château Bel Air – 2 avenue du Périgord
33370 Tresses
Tél : 05 56 40 45 25